Le trophée de Gran Turismo: Histoire d’une véritable œuvre d’art de 1913

Si vous avez déjà joué à gran turismo 7 ou même GT Sport à l’époque vous avez certainement déjà vu ce trophée. Une statue intrigante sans bras ni visage, la récompense ultime du jeu. Bien plus qu’une simple sculpture, il s’agit en réalité d’une œuvre d’art de 1913. Pourquoi cette statue et pas une autre ? On vous raconte tout dans cet article.

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Un trophée qui ne ressemble à aucun autre

Pour commencer, ce trophée récompense les champions des Gran Turismo World Series. Il en existe deux versions, une pour la Nations Cup, où chaque pilote défend son pays, et une pour la Manufacturers Cup, où l’on court sous les couleurs d’un constructeur. Les deux reproduisent la même œuvre intitulée: L’Homme en mouvement, d’Umberto Boccioni ou Forme uniche della continuità nello spazio en italien.

Le trophée de la Gran Turismo World Series sous les projecteurs

Le trophée est apparu pour la première fois le 16 octobre 2017 afin de célébrer le jour de la sortie de GT Sport à Modène, la ville natale d’Enzo Ferrari. Sur scène, Kazunori Yamauchi annonce le calendrier du futur championnat et dévoile alors le trophée destiné aux vainqueurs.

Depuis tout a changé, la compétition est passée de GT Sport à GT7 en 2022 et l’épreuve a pris le nom de Gran Turismo World Series. Seul le trophée est resté identique.

Déjà vu sans le savoir

Au-delà de l’esport, on a peut croiser cette œuvre dans le jeu. D’abord dans l’intro de GT Sport puis dans GT7 à la fin du World GT Series Championship, rattaché au Menu Book 39 du GT Café. Il s’agit du dernier championnat du mode solo, celui qui déclenche la séquence de fin. On y retrouve alors ce trophée en guise de récompense.

Le trophée remis à la fin du World GT Series Championship dans Gran Turismo 7

Contrairement aux compétitions traditionnelles où les pilotes reçoivent des coupes et des plaques dans Gran Turismo, Polyphony a fait le choix d’une sculpture qu’on peut qualifier d’avant-gardiste.

1913: Boccioni sculpte la vitesse

Un peintre futuriste qui se met à la sculpture

Umberto Boccioni est l’un des principaux théoriciens du futurisme, un mouvement italien né au début du XXe siècle qui célèbre la vitesse, les machines et la vie moderne. On commence clairement à comprendre le lien avec Gran Turismo et l’automobile.

Boccioni est d’abord peintre puis se tourne vers la sculpture après avoir visité plusieurs ateliers parisiens, puis achève fin 1913 “L’Homme en mouvement” ,œuvre considérée comme son chef-d’œuvre.

Ce que montre la sculpture

La sculpture laisse se dessiner une figure humaine en marche, sans bras, sans visage lisible, dont le corps semble déformé par l’air qu’il traverse. Rien n’est droit, le tout ressemble à un flux.

Formes uniques de la continuité dans l’espace, sculpture en bronze d’Umberto Boccioni

Le défi de Boccioni était de montrer le mouvement comme une forme continue et non une succession d’images figées. Pour le MoMA, qui en possède un exemplaire, c’est la figure idéale du futurisme, un corps en mouvement constant, traversé par les forces qui s’exercent sur lui.

Ce genre d’idée est assez présente dans l’automobile et donc le sim racing. Flux d’air, lignes, vitesse, c’est exactement ce dont on parle quand on analyse une carrosserie de voiture de course.

Une icône italienne

Depuis 1998 la silhouette orne la face des pièces italiennes de 20 centimes d’euro. Il y a de bonnes chances que vous en ayez déjà eu une entre les mains.

Pièce italienne de 20 centimes d’euro avec la sculpture de Boccioni

Pourquoi Kazunori Yamauchi a choisi cette sculpture

Le choix de cette sculpture se résume en une phrase: l’œuvre incarne la surprise et la fascination de l’humanité face aux machines au début du XXe siècle, et le respect de la culture automobile cher à la série.

De même en novembre 2018, juste avant les finales à Monaco, où Kazunori Yamauchi avance trois raisons supplémentaires qui font de cet objet le trophée parfait selon lui.

L’amour de la vitesse

Yamauchi rappelle le contexte dans lequel a eu lieu la création de la sculpture au début du 20 eme siècle. A ce moment-là, les frères Wright faisaient voler un avion pour la premier, et l’Indianapolis Motor Speedway ouvrait ses portes. Puis quelques années plus tard, L’Homme en mouvement voyait le jour. Pour Yamauchi, c’est à ce moment-là que l’humanité découvre la vraie vitesse, grâce aux machines.

L’ancêtre du speedform

En design automobile, un speedform est une maquette utilisée pour représenter la forme d’un véhicule et l’air qui l’enveloppe, sans vitres, sans roues, sans détails, juste avec des courbes.

Selon Yamauchi, le tout premier speedform ne représentait pas une voiture mais bel est bien la sculpture de Boccioni.

Gundam

La troisième raison est la plus surprenante. Yamauchi voit dans la sculpture l’origine des mechas, ces robots géants pilotés de l’animation japonaise, popularisés par Gundam. Pour lui, toute cette sous-culture découle de l’œuvre de Boccioni.

Un œuvre italienne qui relie la passion européenne pour l’automobile et la culture visuelle du Japon. Un assez bon résumé de ce qu’est Gran Turismo depuis 1997.

Deux ans pour fabriquer un trophée

Polyphony aurait pu se contenter d’une réplique moulée en série mais le studio a voulu respecter l’œuvre. Se lance alors un chantier de deux ans entre Londres et Tokyo.

Du musée au modèle numérique

Tout commence à la Tate Modern de Londres où le bronze de Boccioni est numérisé au laser. Le studio applique la même obsession que pour ses voitures et ses circuits mais cette fois-ci à une œuvre d’art.

La fonte à la Tokyo University of the Arts

La fabrication est confiée au Geidai Factory Lab, l’atelier de la Tokyo University of the Arts où tout se joue en 6 étapes:

  1. Un premier prototype réduit est coulé puis scanné deux fois
  2. On ajoute de la matière sur le prototype en cire.
  3. La cire est enveloppée dans le matériau du moule, puis cuite au four. Elle s’évapore pour laisser place au moule.
  4. Le moule est renforcé au plâtre et à la toile de lin afin de pouvoir encaisser la pression du métal en fusion.
  5. Le moule est ensuite enterré dans de la terre afin de contenir d’éventuels fuites
  6. Le métal est coulé, puis le moule est cassé. Le bronze apparaît sous les débris.

Ce procédé est issu d’une technique vieille de plusieurs millénaires utilisée pour les bronzes d’art. Le trophée n’est donc vraiment pas une simple pièce au rabais.

Ceux qui l’ont soulevé, dont quatre Français

Depuis 2018, quatre pilotes français ont remporté ce trophée en Manufacturers Cup. Vincent Rigaud dès la toute première saison avec Lexus. Rayan Derrouiche en 2019 avec Toyota, Kylian Drumont en 2022 le premier de l’ère GT7 avec Subaru, et Mehdi Hafidi en 2023 avec Nissan.

Vincent Rigaud et l’équipe Lexus avec le trophée Gran Turismo en 2018

Bien plus qu’un trophée

De Boccioni à Gran Turismo, le fil est plus logique qu’il n’y paraît. Un artiste fasciné par les machines sculpte la vitesse en 1913.

La prochaine échéance se jouera le 6 décembre, à Tokyo, un nouveau champion aura l’honneur de soulever le bronze et peut-être même un Français. Dans tous les cas vous en saurez un peu plus sur ce qu’il tient entre ses mains: une idée de la vitesse vieille de plus de cent ans.

FAQ

Quel est le trophée de Gran Turismo ?

Le trophée de GT7 est une reproduction réduite de Formes uniques de la continuité dans l’espace, une sculpture futuriste réalisée en 1913 par l’Italien Umberto Boccioni. Elle récompense les champions des World Finals de la Gran Turismo World Series.

Où voit-on le trophée dans GT7 ?

Dans le World GT Series Championship, le dernier championnat du mode solo (Menu Book 39 du GT Café) juste avant la fin du jeu.

Pourquoi Polyphony Digital a-t-il choisi cette sculpture ?

La sculpture symbolise la fascination du début du XXe siècle pour la vitesse et les machines.

Des Français ont-ils gagné le trophée Gran Turismo ?

Oui, quatre Français ont déjà gagné le trophée Gran Turismo en Manufacturers Cup. Vincent Rigaud (2018), Rayan Derrouiche (2019), Kylian Drumont (2022) et Mehdi Hafidi (2023).