On commence souvent le simracing simplement, sur un bureau avec la roue fixée tant bien que mal. Mais quand on veut passer au niveau supérieur, on bascule dans des choix plus sérieux. En général, il faut trancher entre le fameux châssis tubulaire ou le cockpit en aluminium (8020). Sans surprise, cette décision détermine la suite de votre parcours en simracing. Votre châssis conditionne en effet le type d’équipements vers lequel vous pourrez vous orienter par la suite. Ce qui était acceptable avec un Logitech G29 se transforme en handicap avec un Simucube 2 Pro à 25 nm. On va donc décortiquer ces deux solutions pour vous aider à comprendre laquelle correspond le mieux à vos ambitions.
Les châssis profilés aluminium ou la modularité absolue
Les cockpits en profilés aluminium, qu’on appelle souvent « 8020 » par abus de langage, utilisent des extrusions en T. Concrètement, ce sont des rails rainurés sur toute leur longueur, ils permettent de fixer n’importe quel accessoire n’importe où. Vous voulez décaler votre volant de 3 cm vers l’avant ? Vous desserrez deux vis, vous faites glisser, vous desserrez. Envie de monter un support pour boutons box sur le côté gauche plutôt que droit ? Même principe. On compare souvent ce type de cockpit à des Lego pour adultes version métallique.

Cette flexibilité est d’autant plus importante si votre gabarit ne convient qu’aux dimensions standards des châssis tubulaires. Les profilés vous ajustez la position du volant, du siège et des pédales au millimètre près pour coller parfaitem permettent d’ajuster la structure à votre morphologie. Ce n’est pas juste une question de confort mais aussi de performance puisque une position de conduite bancale affecte directement votre précision.
Les châssis tubulaires: la forme avant la fonction
Les structures tubulaires privilégient l’esthétique et l’accessibilité plutôt que la modularité. On prend des tubes d’acier (généralement de 2 pouces sur les modèles haut de gamme), on les courbe selon un design prédéfini, puis on soude l’ensemble. Le Trak Racer TR8 Pro, par exemple, ses tubes courbés créent un espace qui permet de glisser vos jambes dans le cockpit, là où les montants verticaux d’un rig aluminium vous obligent à contourner. Le design penche clairement vers le siège baquet professionnel plutôt que la structure industrielle d’un 8020.

Mais cette approche impose des compromis, puisque les points de fixation sont définis par le fabricant lors de la conception. Sur le TR8 Pro, monter des accessoires supplémentaires comme des buttons box ou un frein à main devient compliqué parce que vous n’avez que quelques zones prévues pour ça. L’ajustabilité suit la même logique, vous pouvez souvent incliner le volant, mais rarement changer sa hauteur. Pour quelqu’un d’1m95 ou d’1m60, cela peut créer des situations où vous devez faire par dépit faute de mieux. Ce genre de problème n’existe pas sur un rig en profilés.
A noter que même si l’acier est plus résistant que l’aluminium c’est surtout la structure de l’ensemble qui est importante pour le simracing. C’est pour cette raison que l’on préfère souvent l’aluminium à l’acier. De même, bien qu’il soit visuellement un peu plus design que l’équivalent en aluminium, le chassis en acier nécessite des soudures ce qui peut engendré des défauts sur les finitions.
Gestion du direct drive
Les volants Direct Drive les plus récents envoient maintenant entre 18 et 25 Nm de couple dans votre volant. C’est suffisant pour vous blesser à la main et au poignet si vous ne tenez pas votre roue fermement. Les cockpits de simracing en profilés comme le Sim-Lab GT1 Pro utilisent des montants verticaux qui absorbent ces forces sans broncher. Le volant reste parfaitement stable, même quand le FFB s’emballe.
Les châssis tubulaires utilisent souvent une plaque de fixation “porte-volant”. Sur le papier, ça fonctionne mais en pratique, il peut y avoir des vibrations parasites selon la puissance de votre volant. Dans cette situation, ce n’est pas du retour de force que le simulateur vous envoie, mais la structure qui résonne. Un modèle comme le Trak Racer TR8 Pro illustre bien ce compromis, il est excellent sur beaucoup d’aspects, mais il montre ses limites face aux bases les plus puissantes.
Si l’on devait définir un ordre d’idée, la “limite” des rigs tubulaires se situerait entre 12-15 Nm pour le volant. En dessous de ça la cockpit reste solide et compétitif, attendez vous évidemment à de léger flex mais ça reste acceptable.
La fixation du pédalier
Tout comme les volants direct drive, les pédaliers load cell nécessite une force de freinage qui peut grimper entre 80 et 180 kg selon votre réglage. Vous enfoncez littéralement votre poids dans la pédale de frein et c’est donc la structure quoi doit encaisser. Les rigs en profilés marquent des points. Généralement construit avec une base monobloc, la force se répartit uniformément dans l’ensemble du châssis.
Beaucoup de structures tubulaires ont une jonction au milieu du cockpit. La répétition des freinages violents peut légèrement déformer ou « lever » l’avant du châssis. Pas non plus de quoi s’inquiéter, c’est plus un micro-mouvements mais ça vaut le coup de le savoir.
Le prix caché du flex
La flexion ne donne pas seulement une impression de « pas cher » mais grignote une partie de la fidélité de votre retour de force. Le simulateur calcule des détails mécaniques ultra-précis comme la perte d’adhérence progressive d’un pneu, les vibrations de votre train avant etc, … Si votre châssis bouge, ces informations se noient dans un bruit mécanique parasite. Vous perdez la finesse qui fait tout l’intérêt d’avoir un matériel haut de gamme.
La polyvalence des profilés
Les cockpits en profilés fonctionnent avec un système d’écrous en T qui glissent dans des rainures. Pour ajouter un équipement, il vous suffit de prendre une équerre, vous la positionnez où ça vous arrange, vous serrez. N’importe quel accessoire du marché se fixe sur n’importe quelle section de votre châssis. Pas besoin d’appeler le fabricant pour savoir si c’est compatible.
Vous pouvez commencer avec le strict minimum, puis ajoutez progressivement un shifter séquentiel, un frein à main pour le rallye. Chaque modification prend dix minutes et nécessite une clé Allen. Vous avez accès à l’entièreté de l’écosystème simracing.
Les limites du tubulaire
Les structures tubulaires ne sont pas aussi pratiques, les zones de fixation sont prédéfinies, et vous devez généralement acheter les accessoires de la même marque que votre châssis. Il faut donc que le fabricant propose suffisamment d’accessoires pour ne pas vous retrouver lésé.
Motion ready
Les châssis en profilés sont naturellement « motion-ready ». Leur construction et leur rigidité permettent de supporter le poids et les forces générés par un motion platform. Vous fixez les moteurs directement sur la structure, et ça tient. Pareil pour les buttickier et compagnie, vous les vissez où vous voulez.
La plupart des structures tubulaires ne sont pas pensées pour ça. Certains modèles haut de gamme supportent effectivement le motion, mais ce n’est pas la norme, ça dépend encore du constructeur. Next Level Racing possède par exemple ses propres motion platforms Si vous envisagez cette évolution à moyen terme, le profilé est à privilégier.
L’assemblage
Monter un cockpit en profilés aluminium est un vrai chantier. Comptez entre 4 et 6 heures pour le GT 1 Evo selon la notice par exemple. Vous devez mesurer, vérifier l’équerre, ajuster les positions de fixation avant de tout serrer définitivement. C’est du Meccano taille adulte avec une notice de 40 pages. Certains adorent ce processus, d’autres détestent et veulent juste rouler. D’autres modèles récents comme le P1-X Pro peuvent être plus rapides à monter car ils utilisent des cornières spéciales au lieu des modèles standards.
Les châssis tubulaires prennent généralement une heure ou deux de montage. Vous sortez les éléments préassemblés du carton, vous serrez les sections principales ensemble et c’est terminé. Le fabricant a déjà fait le boulot en usine.
Poids et mobilité
Un cockpit en profilés aluminium entièrement équipé dépasse facilement les 70 kg. Vous l’installez une fois, et il reste à sa place. Si vous déménagez ou réorganisez votre espace, préparez-vous à tout démonter ou à devoir le déplacer d’un seul coup. Certains ajoutent des roulettes pour le rendre mobile, mais vous poussez quand même l’équivalent d’un adulte à travers la pièce. Aussi, même si c’est souvent le cas par défaut, assurez-vous que le châssis fasse 60 cm de large maximum afin qu’il passe les portes.
Les structures tubulaires ne sont pas vraiment plus légères une fois assemblées. Mais les modèles d’entrée et milieu de gamme restent plus pratiques. On trouve même des modèles comme le Playseat Trophy suffisamment léger pour être plié et rangé contre un mur quand vous n’en avez pas besoin.
Enfin, installer un cockpit de simracing dans un salon est synonyme de négociation, une pièce dédiée vous évitera des problèmes.
